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Québec Mega Trail : comment bien se préparer pour le QMT-135

Québec Mega Trail : comment bien se préparer pour le QMT-135

Guide pratique pour aborder avec confiance l’un des ultramarathons les plus exigeants au Canada

Par Myriam Lefebvre

S’attaquer au 135 kilomètres du Québec Mega Trail impose le respect. Entre la distance, le dénivelé, le terrain technique et la durée de l’effort, le QMT-135 peut sembler impressionnant, voire intimidant. Pourtant, pour les coureurs et coureuses prêts à s’engager dans une préparation structurée et réfléchie, cette épreuve demeure tout à fait accessible.

Afin de mieux comprendre ce qu’exige réellement une préparation réussie, nous avons échangé avec des entraîneurs de haut niveau et des athlètes d’expérience : Anne Champagne, entraîneure chez Tout.trail et détentrice du record féminin du QMT 100 miles; David Jeker, athlète élite et entraîneur chez Quantum Endurance; ainsi que deux finisseurs du QMT-135, Catherine Cormier-Boutin et Dawson Mossman. Leurs conseils permettent d’éclairer les stratégies d’entraînement, de nutrition et d’approche mentale nécessaires pour arriver prêt sur la ligne de départ.

À qui s’adresse le QMT-135?

Pour Anne Champagne, une chose est claire : le QMT-135 ne s’improvise pas. Récemment montée sur le podium de la Diagonale des Fous, elle insiste sur l’importance d’une progression à long terme. « Il faut laisser au corps le temps de s’adapter à une charge aussi importante. C’est une épreuve longue et exigeante, autant physiquement que mentalement », explique-t-elle.

Cela dit, elle estime que l’épreuve demeure accessible, même pour des coureurs relativement nouveaux en ultra, à condition de faire preuve de rigueur et d’humilité. « Il faut accepter que l’objectif soit parfois davantage d’apprendre et de terminer que de performer. »

Anne Champagne après sa victoire au QMT 100 miles en 2024. Photo : Laurence Gaudy

David Jeker partage cette vision et rappelle que chaque athlète doit tenir compte de son propre parcours. Historique de blessures, volume d’entraînement habituel et constance jouent un rôle clé. « Certains coureurs peuvent se permettre un saut de distance plus important, à condition d’adopter une stratégie de course conservatrice », souligne-t-il.

S’entraîner intelligemment pour une épreuve hors norme

Il n’existe pas de recette unique pour réussir le QMT-135, mais tous s’entendent sur un principe fondamental : l’entraînement doit être sérieux, structuré et réfléchi. Pour David Jeker, inutile de multiplier les sorties excessivement longues. « Dans mon cas, ma plus longue sortie avant la course tournait autour de 50 kilomètres », explique-t-il, précisant que la gestion des blessures a influencé sa préparation.

Son approche reposait plutôt sur l’accumulation de volume hebdomadaire — environ 140 kilomètres — combinée à du dénivelé, du vélo et du renforcement musculaire. Les courses préparatoires peuvent être utiles, mais elles ne sont pas indispensables. « Si on en fait, mieux vaut les aborder prudemment pour faciliter la récupération. »

Jeker au QMT en 2022. Photo: Daniel Thibault

Jeker valorise particulièrement les week-ends avec sorties consécutives. « Une longue sortie le samedi, suivie d’un effort plus court mais dynamique le dimanche, surtout avec des descentes, permet de travailler sur la fatigue. » Le renforcement musculaire demeure aussi un pilier pour mieux résister à l’usure sur la durée.

Il insiste également sur un aspect souvent sous-estimé : la marche en montée. « Même les élites marchent dans les longues ascensions du Mont-Sainte-Anne. Si on ne pratique jamais la randonnée rapide à l’entraînement, on passe à côté d’un élément essentiel du parcours. »

Volume élevé et constance créative

Chez les amateurs, la préparation peut être tout aussi immersive. Catherine Cormier-Boutin, enseignante à la maternelle à Québec, affiche des semaines avoisinant les 175 kilomètres. Pour elle, la transition vers le QMT-135 s’est traduite par une attention accrue au dénivelé. « Plutôt qu’un long 30 km sur route, je privilégiais de longues montées au Mont-Sainte-Anne, parfois même avec une sortie de nuit en solo pour simuler les conditions de course », raconte-t-elle.

Elle intègre aussi l’entraînement dans son quotidien, en courant pour se rendre au travail ou pour effectuer ses déplacements, faisant de la course un mode de vie plutôt qu’une contrainte.

Dawson Mossman, originaire du Nouveau-Brunswick, adopte une approche plus intuitive, basée sur le plaisir et l’écoute du corps. Fort de près de dix ans d’expérience en ultra, avec des distances allant jusqu’à 300 kilomètres, il mise avant tout sur la constance. Son repère personnel : deux semaines consécutives où son kilométrage hebdomadaire atteint ou dépasse la distance de course. « Si je peux enchaîner ces blocs en me sentant solide, je sais que je suis prêt. »

Il rappelle toutefois l’importance de la récupération. « Prendre une journée de repos au bon moment vaut mieux que s’entêter et risquer la blessure. »

Dawson Mossman sur le QMT-135 en 2025. Photo: Laurence Gaudy

Nutrition, mental et plaisir du parcours

Tous les athlètes rencontrés s’accordent sur un point : la nutrition est un pilier central de la préparation au QMT-135. Pour David Jeker, elle influence autant le corps que l’esprit. « Quand le cerveau reçoit suffisamment de glucides, l’état d’esprit reste positif. Sinon, tout devient plus difficile. »

Anne Champagne insiste sur l’importance de tester sa nutrition à l’entraînement. « Il faut expérimenter les aliments, les textures, la digestion. Un plan théorique ne suffit pas le jour de la course. »

Pour Catherine Cormier-Boutin, le mental passe aussi par le plaisir. « Je ne vise pas la victoire, alors je choisis de profiter de l’expérience », dit-elle. Les échanges avec les autres coureurs, les paysages spectaculaires, l’ambiance des ravitaillements et la qualité de l’organisation du QMT contribuent grandement à sa motivation.

Catherine Cormier-Boutin sur le QMT-135 en 2025. Photo: Laurence Gaudy

Dawson Mossman partage cette philosophie et privilégie les aliments simples et “réels” en course : pain aux bananes, wraps, œufs. Il se souvient notamment d’un smoothie glacé fraise-banane que son équipe lui a offert sur le parcours — un moment marquant de son QMT-135.

Le message est clair : le QMT-135 dépasse largement la simple performance sportive. « Prenez le temps de remercier les bénévoles, d’apprécier le soutien et de vous rappeler que c’est un privilège de pouvoir participer à une telle épreuve », conclut-il. Chaque édition du QMT-135 est avant tout une aventure humaine.

Pour en savoir plus sur le QMT-135 et vous inscrire, cliquez ici